entre une rencontre et une connaissance…

Un jour Andùnëdil m’a demandé ce que j’avais vécu, entre notre première rencontre où il vint m’offrir des sacs de sa confection et notre véritable rencontre au moment de sa renaissance…

 

J’avais promis de lui raconter mais … mais j’ai eu tant de choses à faire que je n’ai pas eu le temps de me poser avec mon cahier et mon crayon… Maintenant assise dans un coin de nature , dans le village de Betleetun, je peux machouiller mon crayon et tout raconter…
Voilà, j’étais une solitaire, savez vous Adrian… D’une part je ne connaissais personne, d’autres part j’ignorais tout sur la façon de me faire des connaissances…
J’avais aperçu des êtres, comme vous, et puis une partie de la troupe fréquentant l’auberge de Dame Murha…
J’avais une idée des personnes que j’aimerais cotoyer, découvrir. J’avais surtout le souci de prendre le temps d’un apprivoisement commun entre eux et moi.

 

En arrivant sur Forgefer j’avais pu lire des courriers annonçant le prochain départ de Chercheur pour les étoiles… Je venais de passer quelques mois blottie dans le refuge des Ailes de Ysera, où la littérature le concernant ne manquait pas… Je me suis permis l’audace de lui écrire…. J’étais assez surprise de mon geste parce que moi petite puce arrivante je me permettais de prendre contact avec LE personnage le plus immense de tous les livres que j’avais lu… J’étais dingue de ce héros-là !
Je n’ai jamais vu son visage, je n’ai de lui qu’une lettre me disant de rallier l’auberge… Il est parti, juste au moment où j’arrivais… Je ne sais plus aujourd’hui si je le regrette, il était si grand que je n’aurais sans doute eu aucune chance de lui parler vraiment… J’espère qu’il est heureux…

 

Membres de la guilde du Petit Peuple du Loch, grâce à la gentillesse de quelques-uns, j’ai eu quelques contacts. J’ai notamment connu Ceirval, un être… qui a beaucoup compté pour moi. J’ignore ce qu’il est devenu, j’y pense souvent quand je m’endors. Il me manque. Me blottir contre sa fourrure pour avoir plus chaud était un confort physique et affectif dont j’avais dû me passer durant bien des années…
Seule, j’apprenais l’art du combat, principalement entraîner au maniement du couteau… Je devenais chaque jour plus forte. J’ai eu un accident assez grave, un jour en tombant d’un barrage parce que je m’entraînais toujours jusqu’au bout de mes forces…. Dormant souvent sur les lieux même de mes combats, incapable de rallier les auberges… Je crois qu’en plus je préférais la compagnie des arbres à celles des hommes…
Mon souci était de trouver un maître qui veuille bien m’enseigner comment devenir un grand druide… Comme je voyageais beaucoup, je n’arrivais pas à en trouver de bons, de disponibles.

 

Je voulais essayer d’avoir une vie sociable, de plus en relation que toutes les années passée entre forêt et bibliothèque… Je voulais apprivoiser l’idée que je pouvais reprendre une vie normale, que j’avais le droit de venir en ville, que je devais cesser d’avoir peur. Je voulais habiter mon indentité de Tikt Okwak, jouer l’elfe que je racontais être, ne permettre à personne de faire un lien entre la jeune elfe que j’étais devenue et l’enfant terrifiée que j’étais… Trouvant que mes tentatives de socialisations étaient très maladroites et peu fructueuses j’ai décidé de tenter de quitter le Petit Peuple du Loch pour entrer dans une guilde plus vivante et plus active, la Joyeuse Compagnie…

 

De longs mois d’attente commencèrent… Ils ne répondaient pas, me faisaient attendre… Moi je regardais partout, j’écoutais beaucoup, je suivais surtout les parcours des quelques personnes qui me paraissaient « vivantes »… J’ai suivi avec tristesse les souffrances de Durhandal, et de sa compagne… J’ai été conquise par la gentillesse de Kirrhayo, je passais presque tout mon temps seule, ou avec Ceirval, à m’entraîner et à attendre la réponse de la guilde où je postulais…
Kirrhayo me contactait régulièrement et m’enseignait l’art des druides…
Flauris et Sanis, plus quelques autres comme Xès et Reykjames étaient vraiment très gentils avec moi, mais trop rares hélas pour remplir mes longues journées…
Lyhane m’avait fait savoir que je ne devais pas m’approcher de vous … « chasse gardée » …, elle m’en voulait de l’avoir privée trop souvent de la compagnie de Ceirval, qu’elle semblait considérer comme son animal domestique… Sans doute l’aimait-elle, oui… mais elle le faisait souffrir en le maintenait dans une place d’animal soumi, une carpette à caresse, que le pauvre Ceirval n’avait plus, seul, la force de quitter…
Bien, peu m’importe ce que pense cette chasseresse, l’esprit qu’elle tente de mettre en cage est bien trop gros pour ses petits filets étroits… Andùnëdil n’est à personne, elle le comprendra bien toute seule. Le grand Prêtre est libre et malgré toutes les tentatives rusées qu’elle déploie pour s’attirer ses faveurs, je crois qu’elle n’a aucune chance d’atteindre l’être profond et complexe qu’elle ne voit même pas en face d’elle. Pour ma part, je ne recherchais donc pas la compagnie d’Andùnëdil, je la dégustais juste lorsqu’elle s’offrait à moi.
J’ai, par contre, tenté de multiplier les occasions de rencontrer les membres de la joyeuse compagnie… sans résultat. J’ai le souvenir d’une période assez triste lorsque je pense à toute cette attente qui était trop longue et que je finissais par trouver irrespectueuse, j’avais le sentiment de mériter mieux que ça comme traitement. Oh bien sûr je ne suis pas une reine, je ne demandais pas la lune, ni des passes-droits ni un traitement de faveur… juste une écoute, juste des rencontres pour apprendre à se connaître…
La lune… vous me l’avez offerte bien après… , et souvent. Ce ciel couvert d’étoiles, accompagné d’une crépitement de feu restera, à jamais mes plus beaux souvenirs d’Azeroth…



les belles rencontres de ma vie…

Lorsque j’étais une Elfe de la nuit, je pensais que j’étais une gamine… parce que j’étais très jeune, pour une elfe et qu’il me paraissait que j’avais encore tant de choses à vivre à découvrir à apprendre que je n’en étais qu’au début…
Je ne fréquentais pas les Elfes de mon âge, (sourire) je ne fréquentais de toutes façons personne… Juste deux ou trois personnes auxquelles j’étais attachée…

 

Il y a eut Ceirval …
un être unique et impensable… Un genre d’enfant affectif, prisonnier d’un corps adulte inconnu et incontrôlable…. Durant de long mois nous avons voyagé côte à côte. Ceirval a été longtemps mon seul ami. Je l’ai protégé et câliné autant que je le pouvais… Il avait tant besoin d’être réconforté et rassuré, que me blottir contre lui, nous faisait du bien, à tous les deux. Est-ce qu’une mère goûte de la caresse du corps de son enfant bercé contre elle, comme j’ai « profité » de la tendresse offerte de Ceirval… Nous aurions donner notre vie sans hésiter l’un pour l’autre … Un peu comme deux jumeaux perdus… Si l’un part, l’autre n’envisage pas que ce soit sans lui… Ceirval a été mon petit et aussi mon « doudou », le seul élément rassurant et protecteur durant tant d’années de fuite et de peur… il m’a aidé à devenir une gamine qui sait sourire, qui sait que l’amitié est plus forte que la solitude…

 

Il y a Kirrayo…
Cet être tellement tolérant qu’il était capable de se sentir autant Tauren qu’Elfe… Il était sage et puissant, il a été comme un père pour moi, peut-être même un peu une mère… il a été un bon maître Druide… Il m’a enseigné à m’habiter, à cesser d’avoir peur de ressentir, à utiliser les capacité réelles de mon corps d’Elfe de la nuit, de mes qualités instinctives de Druide… Peu de temps avant le Transfert… un soir, je lui ai demandé de me confier sa main…. Il me l’a prêtée, juste prêtée durant 6 minutes environ. Elle était chaude, douce. Elle réagissait lorsqu’il parlait de choses difficiles, sa femme, sa détresse. Elle était tellement pacifique, sans arrière pensée… Juste gentiment posée dans la mienne, sur la table de cette petite auberge que nous avions découvert au court d’un long voyage tous les deux… Kirrayo était mon ami… Il reste un des piliers de ma construction car il m’a aidée à oser de nouveau me revendiquer, entière, libre… Libre, oui il me voulait libre, libre et sauvage ? Oui , un peu il m’a aidée beaucoup à me sentir animal… à oser ressentir dans mon corps… ce qui vivait et qui n’était pas de la pensée… J’était une petite efle en fuite, il m’a aidée à devenir une jeune aspirante druide, fière, libre et sauvage…

 

Il y a eut Andùnëdil…
Être étonnant apparu de nulle part… pour m’offrir des sacs, des robes, des montagnes de cadeaux… précieux, rares et abondants…
Oui en premier, le grand Elfe silencieux m’a étonnée. J’ai dès lors été attentive à toutes les informations qui circulaient le concernant… Je savais presque toujours où il était, comment les choses se passaient pour lui… J’ai vu son ascension, en puissance… et même socialement, beaucoup de gens parlaient de lui… Il était devenu quelqu’un dans la communauté de l’Alliance… Et pourtant à chacune des fois où l’on se croisait je me disais … mais il n’est pas … il n’est pas tout là !

 

En deuxième Andùnëdil m’a fascinée… A chacune de nos rencontres j’avais l’impression de ne voir qu’une infime partie de son être.. Il me semblait composé de plusieurs aspects de matières qui se mélangeaient sans jamais créer un vrai amalgame. Il avait des couches qui se superposaient mais sans affinité entre elles… Il me paraissait géant… géant, comme un très grand château… de cartes… Je me disais… être si blanc et si noir à la fois, sans jamais fabriquer de gris ? … ça ne peut pas tenir… Être si porteur de mort froide et si généreusement protecteur la vie… Je l’ai vu tuer comme Ezeckiel, mais aussi courir pour protéger Sanis… Il me faisait penser à un trou noir écartelé… Lui, le dans un si plein, dans un si vide… Andùnëdil est un être profond qui va s’y perdre dans les abîmes de lui même… Je le regardais avec fascination, de loin. Je ne souhaitais pas m’approcher du grand Elfe tant convoité par les femmes de toutes races, ne souhaitant pas être trop proche de lui lorsqu’il entrerait en éruption…. Parce que je le sentais … Il ne tiendrait pas longtemps dans une telle pression…

 

Puis… il a coulé. J’ai pleuré. J’ai, plus que jamais, recherché toutes les bribes de conversations sur lui… Je voulais savoir comment il allait, où il en était … comment ses amis l’aidaient et l’entouraient… Lyriane… une opportuniste égocentique qui croyait l’aimer… Kelana, celle qui est au service des gens fragiles… mais surtout il avait Flauris, sa Petite Soeur, elle ne l’a jamais abandonné. Elle lui a toujours tout pardonné… Elle l’a aimé, toujours toujours, bien au delà de ce qu’il en comprenait. S’il avait continué à vivre en Azeroth, Andùnëdil aurait sûrement épousé Flauris un jour. Aucune autre femme n’a jamais eu de vraie proximité avec lui… enfin, à ma connaissance… Elles en rêvaient toutes, elles le recherchaient… mais ne l’atteignaient pas… Je n’ai pas compris le froid qui a gelé la relation entre Flauris et Andùnëdil, ont-ils eu peur l’un de l’autre ? … Ils n’arrivaient plus à se parler … Il est parti, elle est restée… Je pense souvent à elle , je suis sûre qu’elle lui manque…

 

Il a coulé et j’ai commencé à paniquer… En troisième le grand Prêtre aux cheveux blancs m’a fait peur… Peur pour lui… J’ai eu peur qu’il ne s’en relève pas. J’ai contacté alors Flauris… Je lui ai demandé si elle m’autorisait à m’approcher un peu d’Andùnëdil… Elle m’a dit oui sans hésiter une seconde… Elle l’aimait tellement qu’elle aurait tout accepté pour qu’il retrouve la vie, le sourire, l’envie… C’est donc dans ce contexte que j’ai réellement commencer à découvrir Andùnëdil… Je l’ai vu re- « naître » grandir, fleurir, s’ouvrir… j’ai vu la chrysalide devenir papillon, j’ai vu le vide reculer pour faire place à de grands paysages à explorer. Il était, comme Ceirval tellement proche de la pureté de l’enfance, qu’il était possible d’être très près de lui sans risque, sans toutes les choses qui me font fuir chez les autres… Il m’a laisser chevaucher à ses cotés dans les plaines de sa renaissance…. J’ai vécu de grands moments… Il est devenu mon ami. Ma seule famille. Il a continué à me couvrir de cadeaux, m’offrant même de danser dans les plus belles robes qui soient. Je n’ai jamais touché sa peau… il n’a pas voulu lui que je touche sa main… Dommage, j’avais besoin à l’époque de comprendre comment ma peau savait lire dans celle de l’amitié, cela m’aurait aidé sans doute à m’apprivoiser un jour, avec les hommes… Les voir autrement que comme des brutes… Cela m’aurait été utile à l’époque… Cela n’a plus d’importance maintenant…

 

J’ai été la gosse la plus merveilleusement heureuse, dansant et tournoyant sous les étoiles, les soirs de pleines lune en Azeroth… Mais, la vie là-bas était trop dangereuse pour moi, j’ai du fuir une dernière fois… et l’idée de cette dernière fois m’a aidée à oser le grand départ… Adrian m’a sourit et m’a annoncée qu’il m’accompagnerait dans le nouveau monde…

 

Depuis notre arrivée à Ascalon, je n’ai pas encore eu le temps de me demander… qui je suis, qui je suis devenue…



La nuit …

Ludmilla n’a pas fermé l’oeil depuis trois nuits… Elle erre hagarde parmi les débris d’une ancienne maison du Comté du Lac… Elle avance sans bien savoir où ses pas la conduisent. Elle traverse la rivière glacée… sans prendre aucun plaisir, ne tentant même pas d’y nager…

Juste elle la traverse, luttant mollement contre le courant, heureusement trop faible pour l’entraîner. Elle se serait laissée partir… Comme un automate, sans penser à rien, les yeux à demi clos, elle avance griffant ses mains contre les ronces, buttant régulièrement dans les débris épars. Elle monte, écarte machinalement une tenture…
Tout à coup elle s’arrête regardant enfin autour d’elle. Elle sourit… Elle vient d’entrer « par effraction », sans y être invitée dans le refuge d’Andùnëdil… Elle regarde en silence, n’osant plus bouger…

Je suis chez Adrian… Sa main caresse le bois du meuble le plus proche. Laissant des doigts courir le long de la veine de ce qui avait été un arbre… Ludmilla se surprend à laisser, enfin, entrer un peu d’air dans ses poumons.

Enfin quelque chose de beau et d’apaisant où déposer les yeux… Elle laisse son regard vagabonder vers la table, le nécessaire à écrire, le lit…

Ad… Adrian est là étendu, endormi. Ludmilla s’arrête de nouveau de respirer… Elle le regarde… de toute son âme elle boit cette image si douce.

L’image de l’homme lorsqu’il dort, avec les traits, si détendu, qu’on pourrait le penser heureux. Son visage calme, respire à la fois la force et la puissante, mais aussi la douceur de l’enfance… Plusieurs fois déjà elle l’a vu dormir… elle adore ça. Adrian est beau éveillé mais il est plus fascinant encore endormi… C’est comme si l’homme splendide apparaissait derrière le masque qu’il se composait habituellement pour avoir l’air normal. Sa peau est sûrement douce…

Lorsqu’ils n’ont plus peur de « ne pas être à la hauteur » les hommes deviennent enfin ce qu’ils sont, ce qu’ils ne souhaitent pas montrer. C’est là qu’on peut vraiment les admirer pense Ludmilla… L’homme, sans ses défenses, … L’homme, juste lui, pas plus, pas tentant d’être plus… comme il est beau. C’est tellement merveilleux de voir le protecteur et l’enfant réunis enfin en une seule personne. Endormi un homme n’est ni fort ni faible … Il est seulement extraordinaire…

Ludmilla sourit… C’est amusant de penser que l’unité vient de l’inconscient… C’est lorsqu’il ne lutte plus contre ce qu’il croit être sa fragilité qu’il atteint l’essence de son être… C’est sans doute là que réside la douceur d’un homme endormi… Un jour peut-être que l’âme de son Ami sera aussi détendue que son visage au pays du sommeil… Un jour il osera être lui même sans crainte, sans ambition impossible, sans remors, sans guerre intérieure…

Adrian ignore sans doute à quel point son visage est source de vie pour Ludmilla… Durant quelques longues et douces minutes elle s’offre la plus douce des contemplations…

Adrian est de ces hommes introvertis qui ne se détend jamais tout à fait, sauf en dormant. De ses yeux elle glisse le long de sa joue une caresse imaginaire… Son coeur à elle est enfin apaisé. Un sourire immense accroché à ses lèvres, Ludmilla recule doucement et sort de la pièce sans bruit…

Une heure plus tard, enroulée dans sa couverture, le nez levé vers le ciel devant un feu de bois, Ludmilla sourit toujours.

Au petit matin, elle s’éveille… étonnée et ravie d’avoir enfin pu dormir.

Une nouvelle journée commence…



Le Cratère

Atterrée… J’étais atterrée…
J’étais là au bord du vide…
Devant moi le trou béant… le trou laissé par la bombe.

Mes yeux était comme devenus fous,
quelque chose hurlait dans ma tête..
Le village…
où est le village ?
Devant mes yeux le vertigineux trou…

Et juste poussières, traces calcinées…
des débris épars… et tellement peu de gravats…
Il ne reste donc que ça ?
Ici les ruines mortes donnent l’emplacement de l’abbaye…
Elle était si petite ?
Il y avait par là la maison de Martin Donnerien… le boulanger.
Là, juste à coté le commerce de Walden…
et puis là haut la chaumière de Chantale, la troubadour…
Tiens, je n’avais pas payé Alison, de la tannerie… (éclate en sanglot) …
comme si cela avait une importance maintenant…
Dirk le fermier qui se faisait du souci pour ses cochons de collections …
Comme l’un des fantômes errant autour de ce cratère qui avait été nid douillet…
j’avançais…
morte…
j’avançais.

tout près du vide.
Une silhouette sur la gauche…
ses mots…
 » je devais le voir »
ses mots qui soudain me réveillent juste avant que je ne bascule dans ce gouffre de mort…
Adrian…
Je m’arrête.

Il est là, pas bien loin. Il est vivant.
Il… bien sûr qu’il ne peut rien faire, bien sûr qu’il n’y aura jamais plus de village… plus jamais Alison, et Gwen ? où est Gwen ?
Adrian qui aimait tant ces payasages…
Je reste immobile.
Incapable de penser.
Je suis sidérée,
Tétanisée.

Adrian me parle …
oui ?
je ne sais pas ce qu’il m’a dit …
tant pis, sa voix me fait du bien
Il est vivant.
Je ne voudrais plus rien d’autre que le suivre, ne plus penser, ne plus penser surtout,
juste avancer
en sécurité par sa présence…
ne plus vivre, juste le suivre…
Plus tard, oui un jour sans doute, un jour je saurai quoi penser
maintenant … il faut juste faire semblant de vivre…
Juste le suivre…
Ne plus y penser…



Contre, tout contre la solitude…

Ludmilla s’allonge doucement le long de la branche humide, cet arbre est parfait…. On dirait presque qu’il a été modelé contre le corps de la jeune fille… La fraîcheur de l’arbre l’apaise, alors elle se permet de se laisser tomber un peu sa garde.

Elle se sent lasse et fragile. Adrian a tellement raison de penser qu’elle a besoin d’une protection… Elle sourit doucement. Sa présence en ce monde est, à elle seule, une vraie protection, c’est cela qui est vraiment important… Le reste, ils trouveront bien comment trouver l’équilibre pour grandir côte à côte.

Elle se souvient de la période de sa vie où elle s’est installée, tellement confiante, sous la protection d’un druide adulte. Elle était encore toute jeune, l’elfe était gentil ouvert, généreux. Il voulait la protéger, la protéger toujours, il lui avait ouvert sa maison et son cœur. Il était sincère, gai, merveilleux… La pauvre Petite Druide avait cru que la protection offerte serait suffisante pour qu’elle puisse enfin vivre au soleil… L’Elfe généreux avait fait faire des papiers pour l’adopter, pour devenir son père, sa mère, son grand Tout qui prendrait soin d’elle… Ses démarches pleines de générosité ont provoqué complètement involontairement, et à la stupeur de tous, l’emprisonnement de l’elfe enfant… quatre ans dans une cage, quatre ans à marcher au côté du désespoir, à n’espérer que la mort… puis des années de fuites et de peur d’être reprise…

Les leçons de la vie sont parfois bien violentes, mais si on arrive à en tirer de bonnes leçons, on a quelque chance d’être plus forte pour les épreuves à venir… Enfin c’est ce qu’espère Ludmilla… Bien sûr que je ne sais plus faire confiance se dit-elle… bien sûr qu’il peut beaucoup m’apporter, bien sûr que je devrais lui dire… Je sais aussi que c’est parce qu’on s’offre à chaque fois notre soutien mutuel, comme un cadeau accepté et comme un cadeau offert, et non comme une norme ou un dû que nous sommes plus forts, libres, indépendants, et enfin moins seuls.

Quelques larmes coulent le long des yeux humains de Ludmilla… Je ne sais pas ce que c’est que de n’être pas seule réalise-t-elle soudain… Je me suis depuis tellement longtemps sentie abandonnée de tous que j’ai grandi avec comme seul modèle possible : la totale solitude intérieure.

Adrian a raison, j’aime les autres, j’ai du plaisir à les côtoyer… J’aime les soigner, prendre soin d’eux… J’accepte quelques petits échanges avec certains mêmes… Mais je reste incapable de recevoir un cadeau, d’accepter l’idée d’avoir une importance quelconque pour un autre…. Je refuse les dettes, même petites…

Je ne suis qu’une égoïste incapable de partager vraiment… Je donne avec cœur mais ce même cœur est clos, étanche pour les retours, et je ne sais pas me nourrir de l’attachement des autres… Je reste seule, désespérément seule, comme une pierre debout en pleine tempête, recevant jour après jour les griffures du sable porté par les vents…

Je ne serai pas « La cause » d’Adrian, parce qu’il mérite une vraie vie, mais je vais de toutes mes forces tenter de me nourrir de l’amitié dont il m’enrobe pour oser faire des efforts pour me sentir moins seule…

Ludmilla sourit, j’ai souvent dit que j’avais tant à apprendre… la leçon à conquérir en ce monde c’est peut-être celle de la confiance et de la vraie ouverture aux autres…

 



Le Chevalier naîtra

Chaque soir maintenant Ludmilla tient son journal, que ce soit pour consigner ses nouvelles aventures ou pour se souvenir du monde d’où elle vient, elle veut laisser une trace de sa vie… une trace des mots échangés… Elle se souvient de cette conversation avec Andùnëdil juste avant leur passage…

Il a tenté de lui faire comprendre qu’elle serait une cause à servir pour lui dans le nouveau monde… Ludmilla frisonne.

Touchée, bien sûr, par la générosité de son ami, elle ne sait pas comment l’aider à trouver une meilleure cause… Ce qu’elle a réussi à faire c’est à le blesser parce qu’il a cru voir son offre déclinée… Elle déteste l’idée de sa souffrance mais elle n’a pas les moyens de le protéger comme elle le souhaiterait… Le monde est cruel, que peut-elle faire là contre ? Tant pis, maintenant de toutes façons le temps travaille pour elle… Elle sait qu’il comprendra. Il pourrait se battre pour lui-même pour prendre de la force en lui et la transmettre à ceux qu’il aime à ceux qui l’aiment … Ça c’est une cause éternelle parce que toujours incomplète…

Protéger et servir… Andùnëdil voudrait la protéger, il ne sait pas trop comment servir une cause et pense pouvoir se focaliser sur une aussi petite chose qu’elle-même… Ludmilla sourit. Son ami est délicieux de gentillesse… Parfois elle pense que c’est bien elle la plus âgée des deux ! Tiens elle n’y avait pas pensé, ils ont sans doute des âges similaires dans le nouveau monde… Pourtant elle reste plus sage que lui… Il parlait des chevaliers servant leur belle… Un chevalier pour vivre longtemps, je veux dire pour rester vraiment vivant,  doit courir après le Graal… Il doit avoir une quête impossible…

Juste satisfaire ou protéger une femme… Ce n’est rien que de l’ennui étriqué qui lui tomberait sur le nez en moins d’un mois… Les vrais chevaliers ont besoin d’action de défi, de victoire…

Ludmilla sourit, elle estime bien trop son ami pour aimer l’idée qu’il n’aurait pas de cause plus noble que sa pauvre protection. Elle a eu la sagesse de ne pas protester qu’elle était libre et tout à fait capable de prendre soin d’elle-même… et que, même si elle se sentait si perdue, sa liberté était au prix de son indépendance, et donc, de ne devoir vivre au dépend de la protection de personne… Elle sait que Andùnëdil ne pensait pas à la mettre dans une cage dorée. Il la respecte trop, il voulait juste la protéger…

Ludmilla est apaisée. Elle a de la chance d’avoir un tel ami. Bien sûr qu’une partie d’elle est terrifié par ce qu’elle va devoir affronter… Tant de choses, tant de lieux, de gens inconnus… Même son propre corps est un mystère ici… Bien sûr que l’offre de protection de son ami est la bienvenue, et la réchauffe. Bien sûr, qu’elle aussi, fera de son mieux pour toujours protéger Adrian…

Pourtant… vaincre les Charrs est sûrement une gageure plus puissante pour le jeune homme que juste de veiller sur une fille… C’est beau une rose… Mais, une rose fane si vite… Un jardinier ne peut l’investir vraiment qu’une seconde par rapport au temps réel que lui demande l’entretien complet de son jardin… La fleur n’est rien qu’un des éléments du décor…

Lilhoya a vu peu à peu Andùnëdil renaître au désir de vivre… il est maintenant un homme… Elle va le voir grandir encore… Le Chevalier Adrian sera magnifique, elle le sait… lorsqu’il saura pourquoi il se bat vraiment…

Ils doivent prendre le temps de découvrir leur nouveau monde et cela sera sans doute réconfortant pour eux de le faire ensemble… Adrian pourra profiter de son parfum avant d’entreprendre un vrai grand chantier. Ludmilla sourit.

Elle partagera avec l’amitié qui les lie les désirs et les besoins de protection de son ami. Elle sait combien il compte pour elle… Elle sait aussi qu’il se sentira libre lorsque le moment sera venue de s’élancer à l’assaut d’une vraie cause. Elle restera simplement là, avec son amitié toujours offerte comme un refuge, un refuge sous les étoiles…



Servir, combattre et protéger…

En rejoignant ce monde Ludmilla a perdu beaucoup. Ne plus être une elfe, ne plus être une druide la rend plus frêle et plus fragile qu’elle ne l’aurait cru.

Elle aurait tellement aimé rester un être jeune, curieux, habité par l’esprit de la nature et d’une lumière pure et non corrompu… Aimer la vie avec curiosité, franchise et joie… Rechercher de nouvelles expériences, utiliser encore la magie, les plantes… Mettre son empathie naturelle au service des autres, partager ses découvertes, soigner…

Ludmilla est sensible aux paroles des adorateurs de la déesse Lyssa : « la vraie beauté ne se mesure pas par l’apparence, mais par des actions et des décisions. Nombreux sont les yeux, mais peu voient vraiment… »
Devenir une bonne rôdeuse est une tâche passionnante lorsqu’on aime tenter de voir au-delà des apparences… Il y a tant à apprendre, tant à découvrir dans ce monde enchanteur. Et puis elle n’est pas seule, elle ne sera plus jamais seule… cette merveilleuse certitude lui donne la force de recommencer, de se relever de toutes les épreuves, de rire et d’aimer.

Ludmilla est heureuse de sentir toujours son lien fort à la terre, Elle se sent proche de la Déesse Melandru… Elle vit au service de la nature, c’est une gardienne de la sève de la terre. La jeune femme aime passionnément les arbres et y passe de longues heures chaque jour, ne serait-ce que durant ses tours de gardes où le poste de guetteur résonne toujours avec hauteur… Combien de fois les autres la croyant partie, l’avaient entendue glousser juste au dessus de leur tête…

Ludmilla tente aussi à servir la Déesse de la vie et de l’air : Dwayna… C’est elle qui soutient ceux qui protègent les faibles, elle apporte réconfort et aide à ceux qui sont dans le besoin. Elle est l’onguent des plaies du monde et de ses habitants… Sa bénédiction permettra à la jeune rôdeuse de devenir un moine efficace au service du groupe…

Plus les jours passent plus Ludmilla sait qu’elle et… Andùnëdil … son Ami d’hier, ont fait le bon choix. Il fallait venir ici, il fallait retrouver une terre où renaître, se dégager des vieilles charges du passé… Elle sait qu’elle assumera sa décision, elle servira Ascalon, combattant les créatures sauvages et repoussant leurs assauts afin qu’un jour, ce royaume redevienne aussi magnifique et pacifique qu’auparavant. Elle rêve parfois la nuit que son arc dompté abat sans relâche de nombreux monstres, et qu’un ours brun marche à ses côtés…

Ludmilla s’enroule dans sa chaude couverture de laine et s’étend au plus près possible du feu. Elle ferme les yeux de suite… La journée a été fatigante… Il est tard, très tard… La nuit est si belle, mais déjà très avancée… Elle se sent épuisée… Ses doigts sont encore tout marqués de la morsure de l’arc qui est encore si rebelle malgré ses efforts… Elle sourit, elle sait qu’elle réussira, ses flèches partent de plus en plus droit vers les cibles… Elle fera comme toujours, elle s’entraînera jusqu’au bout de ses forces, elle parviendra à avoir le tir sûr, la flèche qui frappe là où il faut à l’instant précis où c’est indispensable… Ses amis doivent pouvoir compter sur elle… Elle tiendra… C’est sûr.

Pour l’instant, elle s’assoupit sans l’ombre d’une hésitation… Adrian ne parviendra pas à dormir avant longtemps… Il veillera sur elle. Au bout de quelques heures de repos, elle pourra s’asseoir à son tour devant le feu et le voir glisser doucement dans le repos. Il ne s’endort jamais avant son réveil, et la salue toujours d’un sourire… Il ne s’assoupit qu’un peu avant l’aube… Il aime tellement la nuit… la lune, plonger son regard dans les étoiles… comme s’il allait les entendre parler…

Lorsque l’aube est presque advenue, toujours assis, épuisé…. son ami s’allonge finalement terrassé de sommeil. Elle aime attendre ce moment pour le couvrir de la vieille couverture de laine qu’ils ont rapporté d’Azeroth. Elle aime cet édredon laineux que le couturier lui a cousu aux tout premiers jours de leur rencontre, avec des motifs Tauren… Depuis tant de lunes, c’est rassurant pour elle, de s’enrouler dans ce voile protecteur et chaud… Elle n’a pas hésité un instant lorsque qu’ils lui ont dit, que pour le transfert, elle ne pourrait emporter qu’un seul objet d’Azeroth. Cette couverture représente, sans qu’elle s’en rende compte, un véritable nid d’amitié sécurisant. Chaque petit matin, elle l’offre à Adrian pour le protéger de la fraîcheur de la rosée de l’aube… Comme un partage, comme si l’amitié qu’elle contient avait le pouvoir de le réchauffer lui aussi… Certaines nuits, c’est lui qui la protège de son manteau… Dans ce monde aussi, la survie du groupe passe par l’attention de tous pour chacun…

Puis viennent alors les douces heures de veille quotidienne, à contempler les dernières étoiles qui s’enfuient, les rayons du premier soleil… les bruits de l’aube qui envahissent la clairière… Ludmilla sourit en pensant, à cet oiseau hier, qu’elle a transpercé d’une flèche juste parce qu’il allait pousser son chant alors qu’Adrian dormait… Alimenter le feu… Faire chauffer l’eau… Toujours avoir de l’eau chaude offerte pour attendre le réveil imminent de son ami… Oui elle fera cela… Mais…en attendant dormir, dormir et rêver… sous les étoiles…



L’homme étrange…

Ludmilla est inquiète. Elle regarde les deux individus avec qui Adrian discute. Ils n’ont pas l’air hostile, mais qui est vraiment ce qu’il paraît ? L’homme, à sa droite a une voix grave et chaude… Il parle de sa femme et de ses enfants disparus dans une crevasse… Il… a l’air fou … fou de douleur, ou, fou tout court ?

Il propose que nous partagions le feu cette nuit… Volontairement en retrait, la jeune femme observe et guette. Elle a la main tout près de son arme, sachant qu’elle n’hésitera ni à la sortir ni à frapper si cela s’avérait nécessaire. Bien que pas tout à fait adulte, Ludmilla n’est plus une écervelée depuis bien des lunes, elle attend avec calme. Elle ne sent pas la tension qui prélude si souvent les combats… Adrian lui-même semble assez tranquille, connaît-il les deux étrangers ? Est-ce ces nouvelles terres qui le rassure ? Ou alors les étoiles qui sont si lumineuses ce soir et qui proposent à tous un peu de sérénité…



Bonjour, Ami…

 

Le réveil est paisible… Habituée à dormir dans des conditions difficiles Ludmilla sait ne faire aucun mouvement qui permettraient alentours de détecter sa reprise de conscience. Elle écoute, yeux fermés, concentrée sur chaque indicateur. Elle aspire de tout son nez mais sans aucun changement de rythme respiratoire.

Le feu crépite et elle sent sa chaleur toute proche. Feu de bois, ré-alimenté depuis peu… humidité d’une aube naissante, clairière ? … légère brise. Quelqu’un est là, quelqu’un qui respire calmement…

Toujours les yeux fermés elle bouge légèrement, comme pour faire face au feu, en remontant sa couverture, afin de poser une main discrète sur son arme, au cas où… La main, au lieu de se refermer sur la couverture, rencontre la pelisse usée d’Adrian. Involontairement Ludmilla sourit. Il l’a encore couverte cette nuit … Il finira gelé, par une nuit plus froide que les autres, s’inquiète-t-elle… Elle ouvre doucement les yeux et contemple silencieuse la silhouette amie. Il est assis en tailleur, de profil, à moins de deux mètres d’elle. Les étoiles s’éteignent une à une, l’aube est proche… Son ami va-t-il un peu dormir ? Conscient d’être observé Adrian sourit. Ludmilla chuchote : « Bonjour, Ami »

 

 

 

 



un groupe commence à partir de deux …

 

Les grottes du temps… Le vol des dragons… Lihoya avance craintive. Elle sait que le retour en arrière sera impossible, plus jamais personne ne cherchera à emprisonner la petite Elfe… plus jamais elle ne devra cacher sa véritable identité, elle va en changer, elle ne sera plus Petite Druide non plus…Andùnëdhil est parti devant… Il a promis qu’il l’attendrait… promis qu’il serait là de l’autre côté du transfert…

Celle qui va devenir Ludmilla Rescourse, serrant contre elle une couverture en laine bien pliée, s’interroge en obtempérant aux ordres de ceux qui supervisent la manœuvre…

«… Ça y est, ils me disent d’avancer… Pourquoi est-ce qu’ils m’appellent respectueusement « Jeune Sylvari » ?

Je sais que lorsque j’arriverai dans le nouveau monde je serais une simple humaine !… J’aurai les cheveux châtains, les yeux clairs… Et si Andùnëdil ne me reconnaissait pas ? »

…-oui, oui dis Lilhoya en se retournant une dernière fois, oui, j’avance…

 

Nous étions elfes…Nous vivions en Azeroth…

J’étais recherchée, il avait perdu le sens de sa vie…

On a décidé de s’enfuir, de s’offrir une autre chance.

Nous avons trouvé le passage dans les grottes du temps …

Nous avons renoncé à nos visages, à nos dons, à bien des choses de nous,

Il était prêtre… J’étais druide…

Ils ne restent que nos souvenirs, une couverture de laine,

et une chaude amitié qui nous lie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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